Félix Esclangon
Lycée
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Recto Verso

lundi 12 mai 2014

« Non, non, non ! Ce n’est pas possible ! C’est forcément une erreur ! Je

crois que je vais refaire un test, oui, c’est le mieux... ».

Malheureusement, j’obtiens la même réponse, il faut que je me rende à

l’évidence, je suis bien enceinte... Je suis enceinte ! Il y a un petit bébé

qui pousse dans mon ventre, mon petit bébé.... Je pleure, je m’effondre.

Je ne sais pas si c’est de la joie ou de la tristesse, ou même de la peur,

mais ça ne signifie rien de bon. Quand mon père va l’apprendre... Oh

mon dieu ! Il va me tuer, me torturer ; déjà que je suis promise à un futur

fiancé que je ne connais pas. Quant au père du bébé, il a déménagé il y

a trois mois en Ecosse. C’est très loin de l’Egypte, ça l’Ecosse ! Oh non je

suis maman. Ce mot est bizarre à prononcer. « Maman ». Ma mère est

morte quand j’avais dix ans, j’ai très peu de souvenirs d’elle. Elle était

malade et nous n’avions pas les moyens de la soigner.

J’appelle Salim, c’est le seul qui pourra m’aider. Il arrive dans les deux

minutes qui arrivent ; enfin c’est ce qu’il dit. Enfin, il est là. Je lui

explique alors qu’il est tonton. Mon frère est affolé, comme si c’était lui

qui porte le bébé. Il est 20h30, il me dit qu’il faut que je parte au plus

vite, sinon notre père me tuera, sachant qu’il rentre à 21h00. Voilà, je

dois partir, j’essaie de ne pas pleurer devant mon frère, j’ai honte. Salim

m’aide à préparer mes valises et j’écris ensuite une lettre à mon père

où je lui annonce la terrible nouvelle. « Leïla, dépêches-toi !! », crie mon

frère. Il est dans la rue et m’attend. C’est bon, nous sommes dehors,

avec mon sac à dos et Salim. Il me donne de l’argent, un billet de train

et me dit de partir chez ma grand-mère maternelle, de l’autre côté du

pays. Je pleure encore, je dois quitter ma famille, mes amis, ma ville

pour me sauver moi et mon enfant. J’embrasse mon frère pour la

dernière fois. Lui aussi pleure, ça ne m’aide pas du tout. J’ai vingt ans et

lui vingt-neuf ; nous sommes très proches. Ça y’est, il est parti. Je

commence à marcher. Dans la rue, je croise une photo de petite fille sur

le mur. Peut-être que mon enfant aussi aura une photo...

J’appelle un taxi pour la gare. Je monte dans la voiture délabrée et

m’endors aussitôt. Je rêve de ma mère, c’est la première fois que ça

m’arrive. Est-ce un signe ?

C’est la voix grave et désagréable du chauffeur qui me réveille. Je suis

enfin arrivée. Je sors du taxi, paye le chauffeur et me dirige vers la gare.

Elle est effrayante, tellement sale et négligée ! Il y a même un trou

dans la porte d’entrée. A travers, j’ai l’impression de voir ma vie défiler.

Les larmes me montent aux yeux. « Train 848B, Train 848B, départ... »

C’est mon train vite ! Cours Leïla, reprends toi et cours ! Je crois que je

ne suis jamais allée aussi vite dans ma vie. Le voilà ! J’ai juste le temps

de monter que le train démarre. Je me trouve une place près de la vitre.

Le paysage est magnifique : nuageux, sombre, avec des nuances

d’orange. Ce « film » sans son est captivant, la vie a l’air si simple et si

belle...

Il est 9h00 du matin, le trajet a été très long. Je descends du train et

file me changer dans les toilettes. Je me remets en route et me dirige

vers la ville de ma grand-mère, qui est à cinq minutes de la gare. Il fait

beau, les rayons de soleil caressent mon visage avec douceur. C’est

alors que je retrouve la maison, où j’ai passé les plus beaux moments

de mon enfance.

Je m’approche de la vieille bâtisse délabrée, qui a tant de charme à

mes yeux. Sur la vitre de l’entrée est collé un morceau de scotch pour

protéger une fissure. Je toque à la porte mais personne ne répond. Elle

n’est pas là ? J’ouvre et rentre dans la maison. Je remarque alors deux

vestes noires pendues sur le rebord de la fenêtre. Une est à ma mère...

Je la reconnais ! Mamie lui avait offert le jour de ma naissance, je m’en

souviens, elle la portait souvent. Cela me redonne le sourire. J’ouvre les

fenêtres et aère. Il y a un grillage qui clôture le jardin ; et de l’autre

côté, d’immenses plantes débordent de part et d’autres.

J’entre dans la chambre d’amis, la lumière est allumée... Sur le lit, je

trouve un mot qui dit :"Leïla, Salim m’a appelée, je suis au courant de

tout. Je ne suis pas là ce soir, ne m’attends pas. Reposes-toi bien.

Mamie." Je n’ai pas le temps de poser le message que je m’effondre sur

le lit.

J’ai bien dormi. Le soleil m’éblouit, je cache mon visage avec la

couverture. Quelqu’un me caresse le bras. Je découvre alors ma

grand-mère qui me sourit tendrement :

- Comme tu ressembles à ta mère Leïla... Félicitations mon cœur.

Les larmes coulent sur mes joues, mais cette fois, ce sont des larmes de

joie ! Je suis acceptée avec mon bébé, ma raison de vivre.

 

Messages

  • Vote : choix 1 (Mme Serra, professeur documentaliste du collège Maxime Javelly de Riez)
    Je trouve ce texte très vivant et d’actualité, bravo ! On a envie de connaître la suite, ce que devient Leila et son bébé.

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